Jacques Sapir : « En 1917, la bourgeoisie russe est faible et incapable de s’affirmer » (1/2)

Source : Philitt, Jacques Sapir, 06-11-2017

Économiste et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), Jacques Sapir est un spécialiste de la Russie contemporaine. Il est également l’auteur de l’influent blog RussEurope. À l’occasion du centenaire de la Révolution russe d’octobre 1917, il a accordé à PHILITT un entretien en deux parties sur les ressorts économiques et politiques d’un événement aux conséquences encore vives aujourd’hui et dont l’analyse fait encore débat.

PHILITT : On imagine souvent la Russie pré-révolutionnaire comme économiquement archaïque, notamment comparée aux États d’Europe occidentale à la même période. Est-ce réellement le cas ?

Jacques Sapir : En réalité, le modèle de développement mis en œuvre en Russie de 1880 à 19141 a abouti à une forte croissance. Cette dernière a permis à la Russie d’avoir un PIB égal à celui de la France en 1913, et un PIB largement supérieur à celui de l’Empire austro-hongrois2. Dans la décomposition du revenu national, on constate cependant que l’agriculture représente 51%, l’industrie 21%, la construction 17%, les transports 6% et le commerce 5%. Par ailleurs, l’autoconsommation reste importante, ce qui tend à minorer les chiffres qui ne mesurent que ce qui est vendu3.

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