Les Etats-Unis : Notre meilleur ennemi ! Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 06-11-2017

« Les États-Unis d’Amérique forment un pays qui est passé directement de la barbarie à la décadence sans avoir jamais connu la civilisation » nous rappelle fort à propos Oscar Wilde. Ils en portent les stigmates dans leur relation avec le reste du monde (« the rest of the world ») comme ils qualifient avec arrogance tout ce qui n’est pas « made in USA ». À cet égard, l’ouvrage d’Eric Branca (historien et journaliste) nous fournit un éclairage particulièrement documenté sur la relation mouvementée entre le général de Gaulle et ses homologues d’Outre-Atlantique de 1940 à 19691. Tout y passe : dénigrement, calomnie, bassesse, procédés déloyaux, campagnes de déstabilisation appuyées sur quelques idiots utiles pendant la guerre (Jean Monnet, Alexis Léger et autres membres de l’entourage du maréchal Pétain) et durant les premières vingt années de la Ve République (de droite comme de gauche et du centre sans parler des syndicats et autres intellectuels allant prendre leurs instructions auprès des ambassadeurs des États-Unis à Paris, parfois moyennant espèces sonnantes et trébuchantes).

« Tout au long de son mandat, de Gaulle et les États-Unis se livrèrent une « guerre froide » dans la Guerre froide. Relations tendues alors que, pensait-on, la victoire contre les forces de l’Axe lors de la Seconde Guerre mondiale avait rapproché, une fois de plus, des amis de 190 ans ! C’était mal connaître le lourd passif entre le général et ses différents interlocuteurs américains à l’exception notable de Richard Nixon »2. Cette citation résume à la perfection la haine farouche que vouent les Américains à l’homme du 18 juin 1940.

La Seconde guerre mondiale pourrait être caractérisée comme le temps des humiliations pour celui qui refuse « l’étrange défaite ». Au moment où la France a bel et bien roulée du haut de l’histoire jusqu’au fond de l’abîme, le général de Gaulle est mis à l’écart, humilié, jugé trop indépendant par rapport aux Américains et trop défenseur de la France libre. Les Américains entretiennent les meilleures relations avec le régime de Vichy jusqu’en 1944. Le chef de la France libre comprend rapidement que pour être l’ami des États-Unis, il ne faut pas être souverain. Il faut savoir s’aplatir, le ridicule en prime. De Gaulle résiste pied à pied, fait de la surenchère, se fâche, tempête mais prépare petit à petit la période de la Libération de la France. Il parvient à s’opposer à la mise en place d’une administration américaine de plein exercice (sorte de mise sous tutelle) en nommant ses représentants dans les départements, en refusant une monnaie d’occupation et toutes autres mesures vexatoires préparées par Washington pour signifier que la France ne compte plus sur la scène internationale autrement qu’en se plaçant sous l’aile protectrice du grand frère. Voilà pour l’avouable. Mais il y a aussi l’inavouable sur lequel Éric Branca s’étend longuement comme l’arme de la diffamation qui va tourner à plein avec le retour aux affaires du général de Gaulle en 1958.

La période de l’après-guerre pourrait être caractérisée comme le temps des mises au point salutaires et de la revanche. Le général de Gaulle n’a rien oublié. Il résume ainsi son état d’esprit à l’égard de l’Amérique devant Alain Peyrefitte : « Les Américains savent bien ou en tout cas devraient savoir, qu’on ne s’appuie pas sur ce qui est mou. On s’appuie sur ce qui est ferme… Dans tous les pays sous-développés, ils ont eu la tentation de s’appuyer sur des planches pourries qui leur sont favorables – et d’autant plus favorables que ce sont eux qui les ont pourries. Pourtant, ils devraient comprendre que le meilleur allié des États-Unis, ce n’est pas celui qui s’aplatit devant eux, c’est celui qui sait leur dire non ! ».

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