Sujets ou objets ? Détenus et expérimentation humaine, par Barron H. Lerner

Source : Academic Commons – Columbia University, le 03/05/2007

Barron H. Lerner, docteur en médecine, docteur en philosophie

Dans les années 50, les détenus de ce qu’on appelait alors, à Philadelphie, la prison Holmesburg, ont reçu des inoculations de condyloma acuminatum [verrues ano-génitales], de candidoses cutanées et de virus causant verrues, herpès simplex et zona. [1] Pour participer à cette recherche et à des études les exposant à la dioxine et à des produits de guerre chimique, on les a payés jusqu’à 1500 $ par mois. Entre 1963 et 1971, des chercheurs d’Oregon et de Washington ont irradié des prisonniers sains et leur ont prélevé à plusieurs reprises des échantillons de biopsie des testicules ; ces hommes ont par la suite fait état d’éruptions, de desquamation et d’ampoules sur le scrotum, ainsi que de difficultés sexuelles. [2] Des centaines d’expériences similaires ont incité le gouvernement fédéral à interdire strictement en 1978 la recherche impliquant des prisonniers. Le message était : de telles méthodes de recherche sont fondamentalement abusives et par conséquent immorales.

Un récent rapport de l’Institut de Médecine (l’OIM) a pourtant rouvert cette porte close, en avançant que non seulement une telle recherche peut être effectuée de façon acceptable, mais que les prisonniers méritent d’être inclus dans des études – au moins ceux qui pourraient en profiter directement. L’analyse des justifications aux restrictions américaines à la recherche en prison et à ses applications peut offrir des lignes directrices aux actuels débats politiques.

On connaît depuis longtemps la vulnérabilité des prisonniers aux abus. Dès 1906, par exemple, les critiques ont noté à quel point il aurait été difficile à des prisonniers de refuser de participer à une expérience sur le choléra qui a finalement tué 13 hommes. [3] Cependant, les enquêteurs cherchaient périodiquement « des volontaires » parmi de telles populations captives dont le placement en institution offrait aux chercheurs l’accès à des sujets peu susceptibles d’échapper au suivi.

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