Surprenantes elections allemandes : Entre centre et marges… Par Stefan Winter

Source : Proche & Moyen-Orient, Stefan Winter, 02-10-2017

Berlin, 30 septembre 2017.

Avant les élections, l’Allemagne semblait une île de stabilité dans la perception des grands médias internationaux. Le marché du travail tournait rond, s’approchant du plein emploi, les recettes fiscales étaient plus élevées que prévu, les finances publiques se montraient stables, la sécurité intérieure était maîtrisée, l’immigration réglée de main ferme, tandis que l’intégration des réfugiés suivait son cours. Quant aux questions en suspens, la Chancelière distillait la confiance, toujours dans l’esprit d’un « nous allons y arriver », traduction presque littérale du fameux « yes we can ». Dans ces conditions, on pouvait s’attendre à ce que les élections fédérales du 24 septembre dernier ne soient qu’une simple formalité : tout irait comme avant…

Mais cela ne s’est pas passé comme prévu ! En fin de compte, Mme Merkel et son parti – la CDU – ont gagné, mais la victoire a un goût amer et vire au « cauchemar », comme a titré le quotidien Bild. Les grands partis du centre bourgeois – CDU et SPD – qui gouvernaient en « grande coalition », ont gravement perdu. La CDU perd 8,6 % pour obtenir 33 % des votes et 246 des 709 sièges dans le nouveau parlement – son plus mauvais résultat dans l’histoire de la République Fédérale. Le SPD perd 5,2 %, totalisant seulement 20,5 % des votes pour 153 des sièges, également son plus mauvais score depuis 1949. La Gauche reste stable avec 9,2 % des voix et 69 sièges, de même que Les Verts avec 8,9 % et 67 des sièges. Ce sont deux autres partis qui profitent de l’électorat volatil : la FDP gagne 5,9 % pour obtenir 10,7 % des votes, à nouveau représentée au parlement avec 80 sièges. Et l’AfD – décrite comme populiste, nationaliste, xénophobe et d’extrême-droite -, passe de 4,7 % à 12,6 %, elle gagne 7,9 %! Pour la première fois, cette formation fait partie du Bundestag en obtenant 94 sièges. Dans les États fédérés de l’Est, l’AfD devient la deuxième force politique, en Saxe elle passe même à la première place de l’échiquier politique. Dans la stratégie des grands partis, quelque chose n’a pas fonctionné.

C’était la stratégie de la Chancelière d’établir, avec la CDU, un centre de gravité politique qui devait assurer l’équilibre du champ gravitationnel. Les autres partis se situaient près du centre ou dérivaient vers une périphérie plus ou moins marginale. Cette stratégie de la Chancelière, consistait à reprendre, de temps à autre, des thèmes majeurs des autres partis. Ces derniers devaient rester associés au centre, mais vidés de leur substance en devant redéfinir leur identité. Sinon, ils se trouvaient repoussés aux marges du spectre politique. Quand la CDU a absorbé le dossier de protection environnementale des Verts, ceux-ci cherchaient à redéfinir leur profil (un processus qui continue à ce jour). Quand la CDU a assimilé des thèmes néoliberaux du FDP, celle-ci sombrait dans l’insignifiance. Le SPD a subi, au cours des huit ans de la grande coalition, une érosion continue. Durant la campagne électorale, son candidat chef de file – Martin Schulz – a peiné pour tenter d’expliquer en quoi le SPD se distinguait de la CDU.

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