Un prédicateur à Manhattan, par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen Orient, Guillaume Berlat, 24-09-2017

« La France ne peut être la France sans la grandeur » (général de Gaulle). Cette réflexion du premier président de la Cinquième République semble inspirer – du moins dans ls mots – l’approche internationale de son huitième devant le gratin du monde réuni à New York dans la grande salle de l’Assemblée générale de l’ONU le 19 septembre 20171 comme ce fut le cas lors de son discours du 29 août 2017 à l’occasion de la récente semaine des ambassadeurs à Paris2. Le décorum est là et bien là ! Jupiter s’adresse à ses pairs immédiatement après Donald Trump. Il n’est pas venu seul à Manhattan. La Cour fait le déplacement : la moitié du gouvernement (une douzaine de ministres), de grands patrons engagés dans la transition énergétique et numérique (qui ne pèsent rien par rapport aux GAFA et qui sont particulièrement utiles pour résoudre les principales crises qui secouent le monde et réformer l’ONU)3, sans parler des hauts fonctionnaires courtisans ayant l’immense privilège d’être conviés à la sauterie onusienne dont l’amie de prochetmoyen-orient.ch, Alice Rufo (aujourd’hui ils sont 53 conseillers à l’Élysée selon le dernier pointage4). À la veille du discours jupitérien, Jean-Yves Le Drian, le lorientais désorienté, fait le service avant-vente, expliquant que la France souhaitait désormais s’impliquer sur tous les dossiers en cette période de défiance croissante5. Dans un contexte contrasté (baisse constante de sa popularité), Emmanuel Macron joue la partition internationale dans un discours au style Zorro est arrivé. En dépit de son succès médiatique, l’avenir est incertain surtout lorsqu’il faudra transformer les mots en actes.

CONTEXTE CONTRASTÉ : RECHERCHER DEHORS LA POPULARITÉ PERDUE DEDANS

Quoi de plus naturel, de plus humain, lorsque l’on a l’impression de prêcher dans le désert hexagonal, que de discourir dans la mêlée planétaire6.

Jupiter l’incompris dans l’Hexagone. Notre Jupiter schumpétérien7 traverse actuellement une passe délicate sur le plan intérieur : baisse constante et confirmée dans tous les sondages d’opinion ; critique de ses propos maladroits tenus à Athènes (il fustige « les fainéants, les cyniques et les extrêmes ») alors qu’il était venu présenter sa vision de l’Europe et inciter les entreprises françaises à investir en Grèce (8 septembre 2017)8; critiques du New York Times sur son ego, son arrogance (9 septembre 2017)9 ; interrogations sur le coût des opérations extérieures (l’abcès Pierre de Villiers n’est toujours pas purgé)10 et annonce d’un redéploiement de l’opération « Sentinelle » (14 septembre 2017) ; semaine de contestation dans la rue contre ses ordonnances sur la loi travail (12 septembre et 21 septembre 2017) ; critiques de sa gestion (en l’occurrence son absence de gestion) de la crise climatique après le passage des ouragans Irma et José à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy, îles sur lesquelles il se rend (13 septembre 2017)11 et crée un poste de délégué interministériel pour la reconstruction des îles détruites (14 septembre 2017)… sans parler de quelques esprits chagrins (de gauche) regroupés dans un club de réflexion baptisé « L’Hétairie » (clubs qui réfléchissaient à la démocratie sous la Grèce antique) qui reprochent à Emmanuel Macron tant son « présidentialisme technocratique » que son désir d’installer un « État Macron », rien de moins ! Seule bonne nouvelle dans ce sombre tableau, l’attribution des Jeux Olympiques de 2024 à Paris même si reste à savoir ce que sera la facture réelle de cette vaste opération de communication, le moment venu12 (bien des questions sans réponses se posent à ce sujet13). Mais Emmanuel Macron et Anne Hidalgo seront hors de portée ce jour-là… sauf à ce que la Justice les rattrape. Stephan Bern se voit confier une mission de la plus haute importance sur la protection du patrimoine en péril14. En pleine journée européenne du patrimoine (17 septembre 2017) à l’occasion de laquelle il reçoit le bon peuple en sa demeure, le journaliste Loup Bureau rejoint Paris après un séjour à la case prison en Turquie. Le chef de l’État a un goût prononcé pour la gestion de son agenda qui tournerait au « Control Freak » (maniaquerie du contrôle)15.

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